La règlementation du commerce des boissons alcoolisées au Canada est de juridiction provinciale. Chaque province contrôle l’importation, la distribution et, dans la plupart des cas, la vente via une société d’état provinciale (monopole ou modèle hybride).
L’accès au marché ne se planifie donc pas a l’échelle nationale : il se structure province par province, via un agent autorisé et un processus de soumission encadré. Dans un contexte de stagnation des volumes, la maîtrise de l’offre de produits, du prix et des canaux devient déterminante.
Pour une entreprise étrangère, l’accès au marché est rarement direct. Dans de nombreuses provinces, l’entrée se fait via :
Note : Au Canada, la vente au détail hors CHR peut s’opérer soit via des magasins exploités par des sociétés d’État provinciales, soit via des commerces alimentaires autorisés soit directement sur les sites de production (vignobles, cidreries, distilleries,brasseries). Dans cet article, le terme “épicerie” désigne les supermarchés, grandes surfaces et commerces d’alimentation titulaires d’un permis provincial spécifique leur permettant de vendre de l’alcool. De plus, un “dépanneur” correspond à un commerce de proximité (convenience store) autorisé à vendre certaines catégories d’alcool sous conditions réglementaires.
Depuis 2024, le Canada accélère sa transformation économique. Sous l’impulsion de Mark Carney, le pays se dote d’une politique industrielle ambitieuse : souveraineté énergétique, relance des infrastructures vertes, minéraux critiques, décarbonation industrielle. Tout converge vers un objectif clair : attirer des projets d’envergure et les concrétiser rapidement.
Pour y parvenir, Ottawa a mis en place un outil inédit : le Bureau des grands projets (BGP).
Au cours de l’exercice du 1er avril 2023 au 31 mars 2024, les ventes totales de boissons alcoolisées au Canada ont atteint 26,2 milliards CAD, soit une légère baisse de -0,1 % en valeur par rapport à l’année précédente (Source : Contrôle et vente des boissons alcoolisées, Statistique Canada, mars 2025).
Sur l’exercice 2023–2024, la bière demeure la première catégorie en valeur avec 9,2 milliards CAD, en recul de -1,3 %, suivie du vin à 7,8 milliards CAD (-0,3 %) et des spiritueux à 6,9 milliards CAD (-0,5 %).
En volume, la contraction est plus marquée : la bière atteint 1 950 millions de litres (-4,5 %), le vin 476 millions de litres (-4,8 %) et les spiritueux 184,9 millions de litres (-3,9 %), confirmant une baisse généralisée des quantités consommées malgré une relative stabilité de la valeur totale du marché.
En moyenne, un adulte canadien achète l’équivalent de 8,7 boissons standard par semaine, ce qui situe le Canada parmi les marchés matures à consommation modérée mais régulière
Enfin, les produits fabriqués au Canada représentent 59,0 % des ventes totales d’alcool en 2023–2024, soulignant le poids significatif de la production nationale dans la structure du marché.
Sur l’exercice 2022-2023, la structure du marché du vin (en valeur) est la suivante :
Pour 2023-2024, StatCan publie bien la valeur totale vin (7,8 Md$) et les volumes (476 M L), mais pas encore une ventilation “rouge/blanc/rosé” aussi détaillée dans ce communiqué.
La consommation moyenne canadienne de vin en 2024 se chiffre à 14L/habitant (15 ans et +) avec de fortes disparités provinciales : Québec : 22,3L, Ontario 12L, BC : 14L
Les Québécois dépensent toujours le plus par habitant pour leur consommation de vin: 374 $, contre 215 $ en Ontario; 191 $ en Colombie-Britannique; 162 $ en Alberta et 161 $ au Nouveau-Brunswick.
En 2024, les principaux pays d’origine des importations de vin au Canada (en valeur) sont :
Le marché du vin au Canada reste dominé par les vins rouges, avec une demande soutenue pour des cépages internationaux reconnus (Cabernet Sauvignon, Merlot, Pinot Noir, Chardonnay, Sauvignon Blanc). Le cœur du marché se situe majoritairement dans une fourchette de prix accessible-premium, généralement entre 13 et 18 CAD la bouteille, segment où se concentre une large part des volumes.
La construction du prix est un élément clé : entre droits d’accise fédéraux, majorations provinciales, logistique et fiscalité, le prix final peut être significativement supérieur au prix sortie cave, ce qui impose une calibration en amont pour rester compétitif dans la bonne tranche tarifaire.
Le consommateur canadien est curieux, ouvert à la découverte, mais attentif au rapport qualité/prix. La provenance reste un facteur différenciant, notamment pour les vins européens. En pratique, les produits qui fonctionnent combinent lisibilité (cépage clair ou appellation connue), positionnement prix cohérent avec le marché et soutien marketing adapté au canal ciblé.
L’Ontario combine un monopole public historique (LCBO) avec une ouverture progressive du retail depuis 2024. La LCBO reste importateur et grossiste principal.
Depuis le 5 septembre 2024, bière, cidre, vin et Prêts-à-boire peuvent être vendus en dépanneurs, puis en épicerie et grande distribution. Cette ouverture s’applique peu importe le pays d’origine, mais les produits doivent toujours transiger par la LCBO et un agent autorisé.
Pour un producteur étranger, deux points sont clés :
L’accès au marché passe par un agent autorisé qui soumet les produits à la LCBO et gère le référencement. Vente directe impossible. Le processus est compétitif et structuré.
Certains détaillants peuvent désormais fixer leurs prix, contrairement aux magasins LCBO qui maintiennent un prix uniforme. La gestion active du pricing, des promotions et des assortiments par canal devient stratégique.
En Ontario, l’assortiment est piloté par la LCBO via des Calls for Products (CFP) publiés régulièrement sur son portail fournisseurs. Ces appels précisent les catégories recherchées, les segments de prix, les critères techniques et les exigences logistiques. Les soumissions doivent être déposées par un agent enregistré et sont évaluées selon le potentiel commercial et l’adéquation à l’offre existante. Les informations et appels en cours sont accessibles sur le portail officiel ainsi que dans la section Merchandising / Calls for Products
En Ontario, via la LCBO, deux logiques d’accès coexistent, mais toutes demeurent intégrées au système du monopole :
Le produit est sélectionné via les Calls for Products et peut être intégré soit au réseau régulier, soit au programme spécialisé VINTAGES (segment premium et produits distinctifs). Ce canal permet une visibilité en succursale et en ligne.
Il n’existe pas d’importation privée structurée comme au Québec. Les produits destinés aux restaurants ou commandes spéciales passent par le mécanisme de consignment, toujours via la LCBO.
Il ne s’agit pas d’un circuit parallèle, mais d’un canal intégré, principalement orienté vers le marché de la restauration.
Le Québec repose sur un monopole public fort : la SAQ (Société des alcools du Québec) détient le monopole de l’importation et de la distribution des boissons alcoolisées. C’est l’acteur central du marché.
La SAQ est l’un des plus importants acheteurs de vins importés, notamment français au Canada, avec un fort pouvoir de négociation auprès des producteurs internationaux. Les procédures de référencement et de suivi passent par son portail fournisseur (SAQ-B2B).
Dans le cadre du plan d’assortiment 2026-2027, la SAQ publie des appels de produits et listes de catégories recherchées, ainsi que les critères de sélection des produits. Ces documents sont essentiels pour préparer une soumission et comprennent généralement les liens vers les appels ouverts et les classes de produits ciblées par la SAQ.
Les vins et spiritueux sont vendus aux consommateurs québécois à travers un réseau de 410 magasins SAQ (format classique, express et sélection) et 430 agences (points de vente SAQ dans un commerce privé)
Au Québec, un producteur étranger ne peut pas vendre directement : il doit passer par un agent local autorisé. L’agent soumet les produits, gère le positionnement prix, les démarches administratives et la mise en marché. Son rôle est stratégique, car l’accès au marché québécois dépend largement de sa capacité à référencer et à défendre efficacement les produits auprès de la SAQ.
Au Québec, deux voies d’accès principales coexistent via la SAQ :
Listing régulier : Le produit est sélectionné dans le cadre des appels d’offres et intégré à l’assortiment régulier du réseau. Ce canal vise une distribution large et des volumes structurés.
Produits de spécialité : En approvisionnement par lot ou approvisionnement continu, cette catégorie s’adresse aux produits plus exclusifs, ou dont les volumes disponibles sont plus réduits. Ils sont mis en rayon dans un espace désigné (Espace Cellier) dans les SAQ Sélection.
Malgré son appellation, l’importation privée ne constitue pas un circuit indépendant du monopole. Le produit transite toujours par la SAQ, mais il n’est pas référencé en magasin. Il est destiné exclusivement aux restaurants et bars (HORECA) et aux commandes privées via des agents.
Ce canal est souvent utilisé pour tester le marché ou positionner des cuvées premium et de niche, avec une approche plus ciblée.
Concernant le canal épicerie, un élément distinctif s’applique : pour vendre en dehors du réseau SAQ, le vin doit être embouteillé au Québec. Ce critère conditionne l’accès à ce circuit et peut impliquer une stratégie industrielle locale.
Le modèle québécois reste fortement influencé par les décisions politico-réglementaires. À titre d’exemple, la SAQ a annoncé en mars 2025 le retrait des produits américains de son réseau, puis précisé en février 2026 que certains stocks pouvaient être écoulés sous conditions, tout en maintenant l’interdiction de nouvelles commandes.
Dans tous les cas, le rôle de l’agent demeure central : c’est lui qui oriente le producteur vers le ou les canaux d’entrée les plus adaptés en fonction du profil de la gamme, du positionnement prix, des volumes disponibles, des budgets marketing et des objectifs de développement. Le choix entre référencement en réseau, programme spécialisé ou canal HORECA relève ainsi d’une stratégie construite en amont, et non d’une simple décision administrative.
Au-delà de l’Ontario et du Québec, chaque province maintient son propre modèle, oscillant entre monopole public, distribution hybride et retail privatisé. Pour un exportateur, cette diversité impose une analyse province par province plutôt qu’une approche nationale uniforme.
Hors Québec et Ontario, l’importation reste majoritairement centralisée via un organisme provincial. L’Alberta est plus libéralisée en retail, mais l’accès produit reste contrôlé.
Pour un exportateur, la clé n’est donc pas uniquement d’identifier les points de vente, mais de comprendre :
Il s’agit du canal structurant dans la majorité des provinces (SAQ, LCBO, NSLC, ANBL, etc.). Ces organismes contrôlent l’importation et opèrent des réseaux de magasins physiques, parfois complétés par des plateformes en ligne.
L’accès se fait via un processus formalisé de soumission et de référencement.
La vente à la consommation sur place constitue un levier important, particulièrement pour les vins premium et spiritueux. L’approvisionnement du canal HORECA se fait généralement via l’organisme provincial ou un distributeur autorisé. Dans certaines provinces, le recours à un agent local est nécessaire pour représenter officiellement le producteur auprès de l’organisme public et structurer la commercialisation.
En résumé :
Avec plus de 70 % du vin consommé provenant de l’importation, le Canada demeure un marché stratégique pour les producteurs européens. Toutefois, la dynamique évolue : les volumes reculent légèrement, tandis que la valeur se maintient, signe d’une pression accrue sur les prix et d’une concurrence renforcée.
Plusieurs tendances structurent aujourd’hui le marché :
Le marché reste dominé par de grands groupes et des portefeuilles établis, ce qui renforce la compétition pour l’espace en rayon.
Enfin, malgré une ouverture progressive de certains canaux (notamment en Ontario), l’importation et la distribution demeurent fortement encadrées par des organismes provinciaux.
En pratique, le Canada n’est pas un marché unique, mais une mosaïque provinciale. La réussite repose sur une approche structurée, province par province, intégrant positionnement prix, choix du canal et collaboration étroite avec un agent local.
Accéder au marché canadien ne repose pas uniquement sur la qualité du produit. Il s’agit d’identifier les bonnes provinces cibles, de calibrer le positionnement prix, de sélectionner le canal adapté (réseau du monopole ou importation privée/HORECA) et surtout de s’entourer d’un agent compétent et aligné avec la stratégie du producteur.
Adexia accompagne les producteurs et industriels dans cette démarche structurée :
Notre objectif n’est pas simplement d’introduire un produit, mais de construire une présence durable et rentable sur le marché canadien.
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